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Anna Feillou

Il y a quelques années, c’était à l’occasion de la poésie, lors du festival {lieu-dit}, nous avons parlé écriture (de) montage. Et le montage comme écriture. Depuis, l’amitié et l’échange se poursuivent – rencontre à la croisée de nos champs d’investigation, écarts et points de jonction. Cette fois, Anna vient écrire son prochain film.

J’ai passé une petite semaine à l’Espace lisse pour y travailler sur un projet de film documentaire autour de l’oeuvre et de la figure de Louise Labé. Avec le besoin surtout de rentrer en intimité avec les textes de cette poétesse qui depuis longtemps me touche(nt) et m’interpelle(nt). Il s’agissait simplement de commencer à tirer les premiers fils de ce projet, encore à l’état de désir embryonnaire.

J’emmenais aussi avec moi du travail « alimentaire », à savoir les projets d’autres auteurs de documentaires à lire et évaluer, un peu contrariée de ne pouvoir consacrer mon séjour à « ma création pure » comme je l’avais imaginé initialement.

Une fois installée dans la maison, j’ai éprouvé à quel point le fait de me trouver en résidence, dans ce lieu singulier à la fois chaleureux et dépouillé, me permettait de faire une place à mon projet de film de façon fluide et intuitive. Il s’agissait au fond d’opérer un renversement des priorités par rapport à mon organisation habituelle, de considérer que j’étais d’abord là pour me relier à mon désir de film.

Commencer chaque jour par lire à voix haute, puis retranscrire les textes ardents de la poétesse – un geste simple apparu nécessaire pour me les approprier.
Puis faire à manger – en prenant le temps, et avec le plaisir d’un petit café au soleil.
Parfois aller marcher dans la campagne, ou pousser jusqu’au lac d’Hostens pour une ultime baignade d’été.
Ensuite seulement, me tourner vers le reste, comme incidemment, n’ayant pour ainsi dire plus que ça à faire.
Retrouver à la nuit tombée Louise, à travers les mots écrits par ses biographes et tenter d’y démêler le vrai du projeté, tant cette femme aux contours mouvants échappe.

Intérieur/extérieur, intime/collectif, vie/oeuvre, ces couples qui me travaillent ont pu être mobilisés à l’Espace lisse d’une façon qui m’a nourrie.

http://www.auteurs-aquitaine.fr/anna-feillou/